On savait déjà que le début d’année 2009 et son contexte très particulier avait des répercutions fortes sur le comportement des équipes et sur leur management. Au fur et à mesure des enquêtes et études, un certain nombre d’épiphénomènes ou de « dommages collatéraux » sont mis en évidence.

Les dénonciations en interne pour fraudes, vols et autres trucages ont augmenté de 21% sur le premier semestre 2009 (source The Network, société américaine de mise en place de dispositifs d’alerte interne). Comme nous en avions déjà parlé dans une précédente note, ces « pratiques » ne sont pas aussi marginales que l’on pourrait le croire/espérer et on considère par exemple que pour les seules entreprises américaines, les pertes qui leur sont dues s’élèvent à 7% du CA pour l’année 2008 (soit la bagatelle de 728 milliards d’euros). L’AFCE, l’Association of Certified Fraud Examiners a réalisé une enquête auprès de 500 sociétés adhérentes aux Etats Unis. Elle estime, à l’issue de celle ci, que les salariés représentent « la menace principale » à la sécurité financière de leur propre entreprise (et ce à grands coups de détournements de fonds, pots de vin …).
Cette recrudescence de « vigilance » interne n’est malheureusement pas à mettre au crédit d’une soudaine prise de conscience des vertus de l’honnêteté et de la droiture morale. Elle est essentiellement motivée par la crainte. Elle n’est qu’un symptôme supplémentaire de la contraction (pour ne pas dire la peur) qui s’est installée dans les bureaux. Les temps sont durs et les employés loyaux se transforment en chiens de garde zélés pour protéger leur entreprise et leur emploi.
Au delà des bénéfices que l’on pourrait escompter pour la société qui verrait une partie de ses collaborateurs se transformer en « organes de contrôle interne », il faut prendre conscience du réel danger que peut représenter cette tendance. Elle traduit tout essentiellement un mal être grandissant qui tend à isoler les individus et à les recroqueviller dans leur fauteuil respectif en mode « moi contre le reste du monde », variante du non moins dangereux « survivre et laisser mourir ». Cette posture étant inévitablement annonciatrice de bruits de couloirs, rumeurs, exagérations et paranoïas, elle représente un ennemi redoutable pour le manager.
Dernière caractéristique de ce phénomène, il est plutôt solidement intégré dans les systèmes anglo-saxons. Une enquête (Ernst & Young – 2007) montraient qu’en France, seuls 40% des salariés se sentaient « libres » de dénoncer de tels actes à leur hiérarchie. Reste à définir ce qui se cachait sous le mot « libres » …









